La vérité selon Google

La vérité selon Google

Lorsque l’on fait une recherche sur Google, c’est dans le but d’avoir une réponse : en quelle année est né le chanteur Elvis Presley ? Pourquoi le bâillement est-il contagieux ? Qu’est-ce que la théière de Russel ? Comment s’appelle cette actrice super connue qui jouait dans ce Space Opera ? L’algorithme du plus grand moteur de recherche est sensé être suffisamment pertinent pour afficher les meilleurs résultats à la requête. L’internaute s’attend donc quelque part à obtenir, si ce n’est la vérité, tout au moins la réponse la plus plausible. Mais est-ce toujours le cas ? La méthode de classement et d’affichage des résultats de recherche utilisée par Google est-elle objective ? Google est-il vraiment neutre ? Intéressons-nous dans cet article à l’impartialité de Google !

Faut-il chercher la vérité sur Google ?

Ca ne peut qu’être vrai : je l’ai vu sur internet !

Comme nous le disions en préambule, nous avons tous ce réflexe lorsque nous nous posons une question de courir sur Google pour avoir la réponse à notre question. Et dans la majorité des cas, ce que nous faisons, c’est que nous cliquons sur le premier résultat de recherche. Pourquoi ? Parce qu’on ne va pas ouvrir toutes les pages proposées ! L’internaute est limité en ressources, attentionnelles et temporelles ! Alors, nous faisons confiance à Google. Si ce résultat est en tête du classement, c’est bien pour une bonne raison. C’est là tout l’enjeu des spécialistes du SEO qui cherchent à positionner leurs sites web en tête.

Mais quelle est donc cette fameuse bonne raison ? Lorsqu’on interroge Google à ce sujet, sa réponse est de dire que tout passe par un puissant algorithme qui va afficher les résultats les plus pertinents, selon des critères empiriques objectifs. Cela signifie qu’il n’y aurait pas d’intervention humaine sur les résultats de recherche. On imagine bien évidemment qu’il serait assez compliqué que quelqu’un sélectionne manuellement les liens pour chaque requête. Néanmoins il y a des sujets sur lesquels Google a été plusieurs fois mis en cause.

Google, révisionniste ?

Le web souffre de la diffusion de fausses informations. En 2016, Facebook a d’ailleurs commencé de faire la chasse aux fake et aux hoax. Fin 2016, Google été accusé d’avoir modifié les résultats de recherche sur des requêtes posant la question de l’existence ou non de l’holocauste… Did the holocaust happen? 

Google et l'holocauste

L’holocauste a-t-il eu lieu ? A cette question, Google affichait comme premier résultat une page provenant d’un site fasciste américain qui remet en cause l’holocauste. Le site révisionniste en question bénéficiait d’un très bon SEO et a donc pu trusté les places en première page sur cette requête. Cela prouve que ce n’est pas forcément le site qui détient la vérité qui ranke le mieux… Quand on connait un peu les règles qui régissent le référencement naturel, il est alors possible de « berner » le plus célèbre moteur de recherche à son profit, y compris pour faire l’apologie des thèses les plus abjectes…

Alerté par les internautes, Google s’est retrouvé pris dans la tourmente. En indiquant tout d’abord que l’affichage des résultats n’étaient du qu’à l’algorithme, la firme américaine avouait ainsi une faiblesse dans son process. D’autre part, un porte-parole de Google a annoncé dans Forbes  ne pas vouloir faire de changement « Nous ne retirons pas de contenus de nos résultats, sauf dans des circonstances très précises comme les contenus illégaux, les logiciels malveillants et les pages qui contreviennent aux règles fixées par notre webmaster« .

Or, quelques jours après, Google a changé d’avis et une intervention manuelle a été faite, modifiant ainsi les résultats. Et c’est alors que les révisionnistes eux-mêmes ont à leur tour critiqué Google pour … révisionnisme !

« Google a été conçu avec la volonté de fournir aux gens des résultats de grande qualité et faisant autorité pour leurs recherches« , a indiqué Google dans un communiqué publié par The Verge. « Nous nous efforçons de donner aux utilisateurs une large variété de contenus provenant de sources diverses et nous soutenons le principe d’un site web gratuit et libre. Juger quelles pages sur Internet répondent le mieux à une requête est un problème délicat et nous ne réagissons pas forcément toujours bien. » Les propos de Google sont louables et cela soulève la difficile question de la vérité universelle.

 

L’exemple en France des sites IVG

Ce phénomène n’est pas récent et Google a connu par le passé des polémiques similaires, notamment en ce qui concerne le Google suggest, un outil qui révèle parfois ce qu’il y a de plus bas dans l’inconscient collectif d’Internet.

L’internet français n’est pas en reste et a connu (et connait encore) une polémique similaire. En effet, les pros et anti IVG s’affrontent aussi sur le web, chacun cherchant à gagner la guerre du SEO. Au delà d’une quelconque responsabilité éthique de Google (mais est-ce son rôle ?) d’afficher ou non des sites anti IVG, l’origine du problème est plutôt à rechercher du niveau des compétences en SEO au niveau des institutions comme le décrit l’article de Axenet « Quand IVG et SEO font débat« .

 

Du moteur de recherche au moteur de réponses

Au delà des problèmes éthiques que soulèvent ces exemples récents, il faut comprendre que Google (et d’autres) ont évolué : d’un simple moteur de recherche, le service de la firme de Moutain View est devenue désormais un moteur de réponses. La nuance semble subtile mais est importante. Les attentes et les comportements des internautes ont évolué. Par manque de temps, et surtout par manque de motivation (ou de ressources cognitives), l’internaute veut une réponse. Tout de suite. Et la bonne. Pas le temps d’aller vérifier, recouper les informations. Et c’est ce à quoi Google tend à répondre, notamment avec les récentes fonctionnalités que sont les rich snippets (extraits enrichis). Plus besoin de cliquer sur le lien affiché dans le moteur de recherche pour avoir sa réponse. Elle s’affiche désormais dans le moteur.

Top 10 des questions les plus posées sur Google
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Google Map : le dessous des cartes.

Revenons à nouveau sur Google. Laissons de côté les résultats de recherche qui semblent montrer des signes de faiblesse et prenons un autre service de Google qui devrait se montrer fiable : Google Maps. Certes, il peut y avoir de légers changements comme un sens interdit dans une rue entre le moment où la Google Car passe et l’instant où vous utiliser votre mobile pour faire votre itinéraire, mais cela reste mineur. Oui mais pas que.

Fin décembre, le site Libération publiait une interview de Jean-Christophe Victor, quelques jours avant sa disparition. Cet enseignant français expert en géopolitique dénonçait les mensonges de Google : en effet, les cartes proposées par Google ne sont pas vraies. Du moins Google Maps s’arrange avec la vérité, selon des intérêts économiques et géopolitiques. Ainsi, les frontières de la Chine avec Taïwan ou le Tibet sont différentes selon que l’on réside ou non en Chine lorsque l’on fait une recherche sur Google Maps. Il en est de même pour la Crimée qui devient tantôt russe, tantôt ukrainienne.

Le problème est que Google maps est devenue une référence. Et à ce titre, il bénéficie d’un statut d’expert, que l’on risque – à tort – de croire aveuglément si l’on n’y prête pas attention.


Reportage de France Culture avec jean-Christophe Victor. « Google nous ment ». Mais est-ce Google qui nous ment, ou la réalité qui change suivant où l’on se trouve ?

 

Knowledge Vault : l’avenir du search ?

Littéralement, la « voûte de la connaissance« , désigne un ambitieux projet sur lequel Google travaille déjà et qui se veut être une extension du Knowledge Graph et qui prendrait en compte des informations supplémentaires de celles déjà utilisées dans l’algorithme actuel. L’objectif du Knowledge Vault est de rassembler des données supplémentaires provenant de sources comme Freebase, Wikidata et Wikipedia. Bien que cela ne soit encore qu’au stade expérimental, il y a de fortes chances chances que l’avenir de la recherche se fasse de ce côté.

Knowledge Vaults

 

En conclusion, s’il est difficile aujourd’hui de se passer de Google, il ne faut pas perdre de vue que pour certains sujets politiques ou géopolitiques il est nécessaire de faire preuve de lucidité et de ne pas prendre pour acquis une information, sous prétexte qu’elle soit apparue en premier. La vérité est peut-être ailleurs…
Et au final peut-on en vouloir à Google ? Après tout, un moteur de recherche peut-il juger de la véracité d’un contenu ? Qu’en pensez-vous ?

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